26 NOVEMBRE 2000
PRESTIGE
 

MONTRACHET 1983 MARC COLIN (***)
Le vin, un peu fermé au début, s'ouvrit en affirmant un caractère très marqué et de la race. Il avait des notes d'amande et de noisette typiques des grands Bourgogne. On ressentait aussi du miel, car la récolte semblait être très mûre. La bouche était d'une grande consistance, avec un gras proche de la suavité. La finale était dans les fruits exotiques d'une belle fraîcheur. La rétro-olfaction était extrêment longue avec une acidité citronnée enrobée par le gras du vin. Le miracle des grands Bourgogne est donc toujours le même: un grand volume de bouche avec une finale vive et tonifiante. Cependant, malgré des qualités énormes, il ne réussit pas à nous enthousiasmer. On aurait peut-être voulu un peu plus de chair, ou alors un peu plus d'exubérance.

CHATEAU LAFITE-ROTHSCHILD 1945 (*****)
Un des millésimes du siècle, et l'un des plus nobles terroirs de Bordeaux! Si Lafite n'est pas considéré comme le plus grand dans ce mythique millésime, c'est certainement dû au fait qu'il est moins puissant que le Latour par exemple. Mais il ne faut pas se tromper, la concentration est là. Pour le reste, il suffit de dire que c'est du Lafite dans tout ce qu'il peut donner. Quand il est grand, il est sublime: noblesse des tannins, race du terroir, harmonie des composantes, texture soyeuse. Les arômes typiques de bois de cèdre et d'épices orientales sont fondus. Le fruit est encore frais et dense, sans lourdeur. On ressent quand même un vin d'une autre époque, avec un aspect un peu plus "nature" dans la vinification. Une certaine âpreté pourrait faire penser que le vin a macéré avec la râfle. La nature du vin se présente sans aucun artifice. Cette bouteille était parfaite, elle avait encore son bouchon d'origine et le niveau était au bas du goulot. Pour les amateurs de vrais vins qui ne sont pas obnubilés par la puissance au détriment de la classe.

CHATEAU PETRUS 1950 (*****)
Bouteille rare et étonnante. Ce millésime n'a pas une grande cote en général, mais il a donné un des plus grands Pétrus qui soit. La robe est extrêmement sombre. Elle indique un vin encore vigoureux et très charnu. Les arômes sont effectivement dans les fruits noirs très mûrs avec une grande ampleur et beaucoup d'élégance. Le vin est très gras avec un fruit charnu et des tannins élégants. Il est très riche et velouté, avec la concentration des Pétrus de cette époque. Ce qui est extraordinaire, c'est cette densité à nulle autre pareille. Mais il y a encore plus extraordinaire: ce vin ne s'exprime encore pas pleinement et semble devoir attendre une bonne décennie pour s'ouvrir au mieux. La bouteille avait son bouchon d'origine et le niveau était à mi-épaule.

CORTON 1947 CAMILLE GIROUD (*****)
On voudrait que le Bourgogne soit toujours comme celui-là pour nous faire entrer dans le domaine de la volupté. La robe était d'un rouge profond très dense. Les arômes débordaient de plénitude avec des fruits mûrs comme le pruneau ou la cerise. Une densité quasi enivrante et envoûtante à vous faire entrer dans de doux moments. En bouche, le vin continuait cette fête des sens, avec un volume et une puissance énormes. Ce millésime fabuleux en Bourgogne est très riche, au point que dans ce vin, il y a du sucre en suspens! C'est incroyable, mais cela rajoute un aspect supplémentaire à la complexité du vin. Que dire, sinon que du Pinot Noir aussi fin et noble avec une telle densité, c'est du délire! La bouteille avait son bouchon d'origine et le niveau était à mi-épaule.

Autre délire fut le vin qui finit les rouges: un CHATEAU CHEVAL BLANC 1947 (*****). La robe était rouge sombre, très belle. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce vin n'eut aucune peine à s'imposer après le déferlement du Corton 1947. Les arômes étaient aussi très mûrs, dans les fruits noirs et le pruneau, avec une rare distinction et beaucoup d'intensité. On sent une récolte très mûre, cependant le vin garde un aspect jeune dans son ensemble. Il est si parfait qu'il en devient intemporel. La bouche est pleine et somptueuse, le fruit est concentré, dense et suave avec même un peu de sucre en suspens. La trame est très serrée. On ressent aussi un peu de nougat et de chocolat. La différence avec les vins modernes est que, même avec cette énorme concentration, ce vin n'alourdit pas le palais. Le Cheval Blanc 1947 restera à juste titre comme l'un, si ce n'est le plus grand vin de légende de Bordeaux. C'est un événement gustatif impérissable. La bouteille que nous avons bue ne présente aucun signe de fatigue comme certaines autres qui n'ont peut-être pas été aussi bien entreposées, ou qui firent l'objet d'une autre mise en bouteille. Elle fait partie d'un lot de plusieurs caisses fermées qui ont été reconditionnées au Château-même en 1994.

Le dessert fut accompagné par une autre légende: le CHATEAU D'YQUEM 1906 (*****). Sa couleur était acajou très sombre. Ce millésime fait partie des Yquem riches et puissants. Les arômes sont très amples, sur les confits de raisins de Corinthe, de caramel, et de Cognac. Le vin est étonnamment dense, avec un gras peu commun., et une sucrosité marquée. L'acidité fraîche habituelle aux Yquem de cette période est donc surpassée par le volume et le glycérol. Malgré cela, ce vin ne présente aucune signe de vieillissement marqué. C'est un millésime peu connu, à considérer comme excellent chez Yquem. Curieusement, il n'est pas mentionné dans le livre sur Yquem de Olney. Cette bouteille a été rebouchée en 1989 au Château-même.