retrospective du 20ème siècle
EN MAGNUMS


1 OCTOBRE 2004

LE MILLESIME 1982

Ce millésime fut d'emblée sujet à tous les éloges.
Les conditions climatiques furent parmi les plus favorables du siècle.
Les vendanges donnaient des raisins pratiquement surmaturés,
avec une richesse alcoolique en puissance élevée.

Les vins se révélèrent les plus concentrés et les plus riches en extrait
depuis 1961.

Ils ont toujours été marqués par le fruit mûr et l'opulence, le glycérol
arrondissant l'énorme extraction.
On est véritablement en présence de vins somptueux depuis le moment
de la récolte jusqu'à aujourd'hui, et certainement pour longtemps
encore en ce qui concerne les meilleurs.

1982 est à mon sens le meilleur millésime connu depuis 1961.

CHATEAU CHEVAL BLANC 1982 (*)


Les arômes de ce vin sont étonnamment réduits et présentent des notes de sous-bois et d'humus.

L'opulence habituelle que l'on connaît sur ce millésime de Cheval Blanc a de la peine à s'exprimer.

Le vin est aussi assez strict et devient un peu astringent en finale. Le boisé est trop présent.

Ce Cheval Blanc 1982 est étonnant et déroutant: il présente des aspects vieillissants par ses notes tertiaires et des aspects trop jeunes par son caractère "fermé".

Ce flacon, bien que remarquable, ne transmet que très peu les réelles qualités du vin.

Beaucoup de gens ont constaté que les bouteilles de Cheval Blanc 1982 sont souvent très différentes les unes des autres.

Les meilleures (bien conservées) sont splendides et développent toute la richesse enivrante et la complexité des grands millésimes de Cheval Blanc. Et l'on sait que ce cru est l'un des meilleurs 1982.

Il est grandiose maintenant et ne craint pas l'avenir.
   
LE MILLESIME 1950

On a retenu de cette année qu'elle fut abondante et de maturité précoce.

C'est une simplification restrictive pour deux raisons:
- A part les pluies du début septembre, le climat fut vraiment très favorable durant l'été et les vendanges.
- A cette époque, le Médoc (qui produisit des vins moyens) se faisait l'écho qualitatif pour tout le Bordelais.

Par contre, la région de Pomerol a produit, sans faire beaucoup de bruit, son quatrième millésime exceptionnel d'affilée. Les vins y sont aussi onctueux et riches que les mythiques 1947 ou 1949.

On ne parla de cette réussite que tardivement lorsque la rive droite fut admise auprès du public comme l'égale du Médoc ou de Graves. On s'aperçut du potentiel de garde de ce millésime (à Pomerol) encore plus tardivement.

A l'heure actuelle, Pétrus jouit tout naturellement d'une aura magnifique.

Les rares connaisseurs à en avoir bu donnent le Lafleur comme plus grandiose encore.

Le Latour à Pomerol représente une inconnue pour la plupart des collectionneurs, tant il est rare.
 
CHATEAU LATOUR A POMEROL 1950 (*****)


Sa robe est très dense.

Les arômes indiquent sans aucun doute le grand millésime: ampleur, fruits parfaitement mûrs, élégance.

Les notes de chêne frais, de baies noires et de réglissedonnent de la complexité.

Le vin est vraiment concentré et de forte personnalité.

Les tannins sont impressionnants et semblent encore jeunes.

La finale est rehaussée par une acidité élevée très agréable.

La persistance est très longue.

Un tout grand vin avec du potentiel.
   

CHATEAU LAFLEUR 1950 (*****)


Couleur splendide tirant sur le noir.

Nez extrêmement puissant tout en restant élégant.

On y ressent principalement des fruits très mûrs comme la cerise et le pruneau.

L'ensemble est séduisant et intense.

Le vin est une masse charnue qui réunit sensualité et force.

Les tannins sont "taillés dans du roc" mais le gras réussit à les envelopper avec bonheur.

Le vin est dense du début à la fin, et quelle fin!...

Ça continue bien longtemps...

Un monument qui a de l'avenir.

   
CHATEAU PETRUS 1950 (*****)


Au nez, on ressent le style parfait du Pétrus tout dans les fruits rouges et la dentelle.

Le boisé est d'une grande finesse.

Les fruits encore jeunes donnent une sensation de plaisir désinvolte et joyeux.

Le vin est tonique et vif, accompagné d'un superbe fruit dense sans lourdeur.

Les tannins sont fondus et se noyent dans la chair avec volupté.

C'est le vin parfait dans le "bien-être" immédiat qu'il procure.

On n'a pas besoin de réfléchir: ça plaît naturellement.

La jeunesse de son fruit nous laisse imaginer qu'il va durer
encore longtemps même s'il est au sommet de ses capacités à l'heure actuelle.
   
LA MISSION HAUT BRION 1950 (**)
(excusez la qualité de la photo)

Au départ, les arômes typiques et complexes du cru font plaisir: bois de cèdre, humus, nougat, caramel...

L'ouverture apaise un peu ses prétentions.

Le vin a du caractère.

Comme la structure est moyenne, l'équilibre des composantes le rend très plaisant à boire.

Une dose faible, mais bienvenue, d'acidité volatile redonne
un peu de vigueur à la finale assez légère.

C'est à l'heure actuelle un beau vieux vin.

A n'en pas douter, Mission a connu des millésimes bien plus grands.
 

LE MILLESIME 1945

Une des années les plus célèbres et magiques du siècle.

Il neige à Bordeaux le 2 mai. Le froid réduit la récolte de 80%!
L'été très chaud et très sec concentre les raisins de façon extrême.

La richesse en tannins est heureusement égalée par celle du fruit. Mais ces tannins, au contraire de ceux de 1947, sont si solides et brutaux qu'il faut des décennies aux meilleurs vins pour devenir agréables.

1945 possède ce petit quelque chose en plus qui le rend intemporel.

Les composantes sont si fortement harpentées en tout que les meilleurs vins semblent des adolescents piétinant devant leur énorme potentiel.

Les Médoc et Graves 1945 offrent sans doute les vins les plus puissants et complets du siècle.

Leur phénoménale densité est inégalée.

   
CHATEAU MOUTON-ROTHSCHILD 1945 (*****)


Splendide couleur profonde.

Nez un peu fermé. Le Cabernet ressort et on sent le Médoc qui affirme sa personnalité.

Notes de fruits noirs avec un caractère fumé.
Le boisé est présent, comme s'il n'était pas encore totalement fondu.

On devine une récolte d'une extraction au-dessus de tout ce qu'on peut croire.

La constitution du vin est phénoménale.
Tout est serré à l'extrême, du fruit aux tannins.

La finale est époustouflante de force absolue et de perfection.

Ce magnum est grandiose, mais il ne peut faire oublier un autre magnum bu il y a une année exactement: tous les superlatifs lui étaient attribués.

Mouton 1945 demeure l'archétype du Bordeaux du 20ème siècle, en tous les cas pour la rive gauche.

   
LE MILLESIME 1921

Les vendanges ont commencé le 15 septembre sous une chaleur toride. Cela a causé des problèmes de vinification dans beaucoup de domaines.

C'est un millésime de type puissant et suave avec de l'élégance et beaucoup d'équilibre. Sa structure remarquable provient de la récolte faible.

Lorsque les difficultés de vinification furent évités, l'année s'avéra grandiose et donna, pour certains, l'année du siècle à Saint-Emilion.

Cheval Blanc se présenta avec une telle opulence qu'il devint légendaire quelques années après sa naissance.

Yquem connut la même gloire.
 
CHATEAU CHEVAL BLANC 1921 (*****)


Nez typique des grands Cheval Blanc, très développé et onctueux.

La structure énorme et la petite acidité volatile lui confèrent une densité extraordinaire.

Notes de pain d'épice, de bois doux et de pruneau.

Grande élégance.

En bouche, vin d'une superbe finesse malgré la puissance.

Il est onctueux à l'attaque, mais l'évolutioin révèle des tannins remarquables et une acidité élevée.

La finale est explosive.

La durée de la rétro-olfaction prouve la qualité de ce vin d'exception.

Même s'il ne semble pas, à mon avis, atteindre les sommets de l'éternel 1947, je mets ce Cheval Blanc 1921 dans les 4 ou 5 meilleurs millésimes de ce cru.
   
CLOS L'EGLISE-CLINET 1921 (****)


Une nature baroque et exubérante au nez.

Le fruit est très présent et plaisant naturellement.

Touche de marc de café fort intéressante.

On sent une récolte surmûre.

Vin de haute personnalité.

Sa structure de base et le probable fait de raisins non égrappés lui ont permis de rester bien vaillant et de présenter encore maintenant de remarquables fruits rouges.

La finale est corsée et puissante avec des tannins rustiques et une acidité mordante.

Vin sans aucun artifice, vraiment attachant.


L'ouverture lui donne le gras qui lui manquait au départ.
 
LE MILLESIME 1900


Le printemps et l'été présentèrent des conditions idéales pour la vigne.

La belle floraison aboutit à une récolte d'une certaine abondance, rappelant le futur et lointain 1982.

Les vins furent excellents et d'un équilibre remarquable pour les meilleurs.

Château Margaux a toujours été considéré comme le plus réussi de ce millésime. Il est devenu un mythe au point d'être estimé par beaucoup comme le plus grand Margaux de tous les temps.
 
CHATEAU MARGAUX 1900 (*****)


Un flacon qui nous a rappelé combien la dégustation doit rester une leçon d'humilité.

Le vin fut carafé peu avant de le goûter. Il présentait des arômes assez vieillissants et marqués par une bonne dose d'acidité volatile.

En bouche, sa concentration exceptionnelle laissait deviner
des qualités énormes, mais elles semblaient altérées par l'âge.
On y ressentait la nature de l'époque et une récolte certainement pas éraflée.
Le caractère fort des grands millésimes anciens apparaissait  comme affadi.

La déception dura une demi-heure,lorsque j'eus l'idée de vider le fond un peu trouble du magnum dans mon verre.

Le miracle avait eu lieu: la merveille déployait ses charmes sans aucune retenue.

Le vieillissement avait fait place au fruit ample et velouté.
D'interminables vagues onctueuses et fruitées caraissaient le palais.
La classe du terroir et le millésime exceptionnel dominaient la notion d'âge.

Le vin parvenait au sommet que l'on attendait. Une anthologie!
 
***** MARGAUX 1900, MOUTON-ROTHSCHILD 1945, LAFLEUR 1950, CHEVAL BLANC 1921, PETRUS 1950, LATOUR A POMEROL 1950

**** CLOS L'EGLISE-CLINET 1921

** MISSION 1950

*
CHEVAL BLANC 1982