L'Empereur
son Destin et ses Vins
Londres, le 5 mai 2004
   
JEREZ NELSON SOLERA 1805 (***)


Couleur ambrée.

Au nez: vieux cuir, cire de parquet, amande grillée, "vieille chambre", feu de l'alcool, beaucoup d'acidité volatile.

Densité extraordinaire en bouche.

Le gras compense péniblement l'alcool, l'acidité volatile et l'amertume boisée.

La longueur est extrême.

La finale présente des aspects de nougat et d'ananas frais.

Un concentré en tout.

Très difficile d'accès car les papilles sont littéralement "attaquées".

   
JEREZ NAPOLEON SOLERA 1769 (****)


Couleur ambre foncé.

Arômes complexes et denses tirant sur le Madeira Sercial.

Nougat, chocolat fin, vieux Cognac, bois noble: cèdre ou santal.

Superbe volatil qui amplifie les arômes.

En bouche: concentration extrême avec un gras présent jusqu'à la fin de la persistance gustative et arômatique.

Pas d'amertume.

L'alcool est élevé mais la structure est si immense qu'elle compense.

Une force absolue.
   
JEREZ IMPERIAL SOLERA 1811 (**)


Couleur ambre foncé.

Au nez: vanille, Cognac, vieux bois, cire, feu de l'alcool.

Un peu d'ammoniac.

Strict et sec en bouche.

Le style du Jerez ressort bien, mais avec une moins grande complexité que les précédents.

Le vin est excellent.

Les palais moins habitués acceptent mieux ce Jerez car il est moins puissant que les deux précédents.
   
CHÂTEAU LAFITE-ROTHSCHILD 1815 (****)
(bouteille rebouchée)

Couleur rouge-rubis pratiquement sans vieillissement!

Arômes tertiaires d'humus et de champignons.

On sent une récolte de très haut niveau.

Vin très gras et suave, d'une grande structure.

Une nature exubérante et généreuse.

Malheureusement, le bouchon semble avoir détérioré le fruit et rendu le vin strict et sec en finale.

Dommage, car il n'avait rien perdu de ses qualités.
   
CHÂTEAU LAFITE-ROTHSCHILD 1821 (*****)
(étiquette du Café Voisin à Paris)

Couleur rouge-rubis légèrement tuilé!

Au nez, on ressent instantanément la finesse et l'élégance du grand Lafite avec son fameux bois de cèdre.

Une noblesse naturelle. Fruit rouge (fraise) tout en dentelle.

Un rêve, une merveille!

En bouche: l'excellente structure nous a fait don d'un vin dense, sans trop d'alcool ni de puissance, mais d'un équilibre fabuleux et d'une grande délicatesse.

A l'ouverture, il déploie encore plus ses qualités.

Le gras se renforce et enrobe la chair et l'acidité de manière sensuelle.

Un vin de 183 ans encore sur le fruit que l'on sent parfait de récolte, c'est extraordinaire!

Un événement fabuleux, exceptionnel!
   
 
PORTO WENCESLAU DE SOUZA GUIMARAES 1815 (****)



Couleur dorée tirant sur l'ambre.

Le nez est légèrement aromatique, ce qui fait penser à du Muscat.

La couleur semblait même indiquer un assemblage de cépages rouges avec du blanc.

Raisin de Corinthe, menthe fraîche. Grande pureté.

Il nous rappelle un Madeira sans l'acidité volatile.

Vin de grand équilibre.

Une belle amertume accompagne l'acidité élevée.

Tout est agréable, car l'énorme structurese déploie sans lourdeur et avec une douceur parfaitement intégrée.

Très grand vin.
   

CREOLE DE LA VEUVE AMPHOUX 1805 (**)
Martinique (Fort-Royal)

(liqueur douce à base d'herbes aromatiques)



Parfum de Chartreuse fine et élégante. Girofle, épices fines.

Douceur très agréable.

Tire sur la banane en fin de bouche.

L'alcool est élevé, mais tout est bien équilibré.

 
 
CHÂTEAU SUDUIRAUT 1820 (*****)
(1/2 bouteille)

Couleur acajou, cuivre, oeil du tigre,...magnifique.

Un rêve olfactif!

Figue séchée, banane, abricot sec, caramel, crème brûlée à la vanille, sucre candi...

Finesse et concentration réunies pour le meilleur.

En bouche, si l'ambroisie existait...

Du caramel et du thé noir avec le sucre le plus fin qui soit.

Une perfection incroyable avec une densité qui affole les papilles, mais sans aucune lourdeur.

Il réunit la finesse et l'acidité des TBA allemands et le raisin des Tokay hongrois au style des Sauternes!

La rétro-olfaction est plus dense que la bouche et dure une éternité.

Autre événement fabuleux, exceptionnel!
   
CONCLUSION


Expérience inoubliable dans la vie d'un oenophile.

Les vins étaient tous à la hauteur de nos espérances, et même beaucoup plus pour quelques-uns.

Concernant les Jerez dégustés, je rappelle qu'il s'agit de vins renforcés jusqu'à concurrence de 15 à 20% d'alcool qui subissent un long élevage sous voile de type Solera: le millésime  indiqué (1769 par exemple) est la base dans laquelle peuvent se rajouter plus de 100 millésimes différents qui viendront compléter le fût année après année.

Ces Jerez étaient fantastiques de force et de caractère, mais peu aptes à amadouer les palais délicats et non habitués.

Même si l'âge les avait rendu si formidablement denses, je pense qu'ils étaient plus inoubliables de par les années dont ils étaient issus que de par une supériorité sur des millésimes plus jeunes.

Les anciens millésimes de Lafite-Rothschild se jouent des "décennies par dizaines"! On a de la peine à imaginer qu'une matière vivante tienne aussi longtemps, mais surtout qu'elle se magnifie d'une manière si angélique.
On entre en effet au paradis lorsqu'on les boit.
D'après la littérature, le 1821 est issu d'une récolte de qualité moyenne.
Malgré cela, le vin était une merveille faisant penser à un 1982 avec une acidité supérieure, et transcendé par la magie d'un alchimiste.

Quant au Suduiraut 1820, toute la tablée est entrée en émoi dès la première gorgée. Une telle perfection, c'est une interminable danse jubilatoire pour le palais.

Un des plus grands liquoreux jamais faits.
   
 
Manifestation organisée par Messieurs Pierre Chevrier et Jean-Luc Barré.

Ces collectionneurs reconnus avaient mis des années à réunir tous ces fabuleux flacons.
 

***** LAFITE-ROTHSCHILD 1821, SUDUIRAUT 1820

**** JEREZ NAPOLEON SOLERA 1769, PORTO WENCESLAU 1815, LAFITE-ROTHSCHILD 1815 (aurait mérité les 5 étoiles sur une bouteille non déteriorée par le bouchon)

*** JEREZ NELSON SOLERA 1805

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JEREZ IMPERIAL 1811, CREOLE DE LA VEUVE AMPHOUX 1805