Egon Müller: TBA 1976
10 décembre 2004

 

LE DOMAINE EGON MULLER ET LE SCHARZHOFBERG
 
Napoléon introduisit ses lois militaires et administratives dans la région de la Mosel-Saar-Ruwer. Les vignobles "ecclésiastiques" devinrent biens nationaux et furent laïcisés.
C'est ainsi qu'une partie de la colline du Scharzberg fut achetée par l'arrière-arrière-grand-père d'Egon Müller, Jean-Jacques Koch, en 1797.

Le Scharzhofberg est l'exceptionnel vignoble de cette colline bénéficiant d'une exposition plein sud, s'étendant sur une altitude de 190 à 310 mètres. Ses pentes vertigineuses surplombent le Scharzhof, maison historique de la famille Müller, près du village de Wiltingen an der Saar, à 15 kilomètres au sud de Trier.

Egon Müller possède 8,5 des vingt hectares du Scharzhofberg. Il s'agit d'un "Einzellage", ce qui signifie à peu près: "Grand Cru issu d'une seule parcelle". C'est le sommet du classement qualitatif.
 

Le Riesling y est à la limite de son aire de culture. Mais c'est justement là que, lorsque tout se passe bien, il donne le meilleur de lui-même et qu'il atteint une finesse incomparable.

Trois hectares, datant du 19ème siècle, sont encore "francs de pieds"
(non greffés avec des plants américains) avec une densité de 10'000 pieds à l'hectare.

L'âge moyen des "nouvelles plantations" (6'000 pieds à l'hectare) est assez élevé malgré une restructuration méthodique lancée en 1998.
Les descendants de Jean-Jacques Koch s'appellent tous Egon Müller. Aujourd'hui, c'est Egon "4" qui dirige le domaine dont la superficie totale se monte à 15 hectares. Egon "5" n'a que quatre ans (fin 2004).

Parler d'Egon Müller en Allemagne, c'est parler de la Romanée-Conti
en Bourgogne.
LE RIESLING TROCKENBEERENAUSLESE D'EGON MULLER
 
Les vins blancs allemands sont classés selon une hiérarchie établie sur la concentration ascendante du sucre dans le moût.
Cette échelle est la suivante: Kabinett, Spätlese, Auslese, Beerenauslese (qui comprend aussi le Eiswein) et le Trockenbeerenauslese (TBA). Ce dernier est plus concentré en sucre que les Sauternes. Il ne peut être obtenu chaque année.
Les quantités produites sont si rares que la grande partie est mise en demi-bouteilles vendues à prix d'or (c'est en fait le vin le plus cher du monde en millésime récent) .
En Mosel-Saar-Ruwer, on ne parle de TBA que depuis l'extraordinaire année 1921.
Chez Egon Müller, le miracle du Scharzhofberg s'est produit dans les millésimes suivants: 1959, 1971, 1975, 1976, 1989, 1990, 1994, 1995, 1997, 1999, 2000, 2001, 2003 et 2004.
Le tri de la récolte se fait sur la vigne: les vendangeurs disposent de deux seaux, l'un pour les raisins botrytisés, l'autre pour les grappes destinées aux spätlese.
 
On obtient généralement moins de 600 litres de ce fabuleux jus. Sa concentration en sucre est telle qu'il peut fermenter durant six mois, ou plus.
La moitié de la quantité produite est mise en demi-bouteilles de 3.75 dl, et l'autre en bouteilles de 75 cl.
Comme une partie relativement importante du vin sert aux dégustationsofficielles ou privées, le nombre de flacons offert au marché est singulièrement restreint.
LE(S) TBA SCHARZHOFBERG 1976
 
La récolte 1976 s'est avérée exceptionnelle, non seulement qualitativement, mais aussi par le fait qu'elle a engendré deux TBA.
Un premier de 400 litres à considérer comme équivalent aux autres millésimes produits. Et un deuxième doté d'une concentration en sucre encore supérieure: C'est celui-ci qui est dégusté aujourd'hui.
Il a octroyé environ 200 litres d'un moût qui a fermenté jusqu'au début
de l'année 1980 dans quatre bonbonnes de verre! Il a terminé sa fermentation à 5,5% d'alcool, ce qui est habituel pour ce genre de vin.
Son acidité totale (tartrique) est comprise entre 13 et 14.
En écartant les réserves pour dégustation, on peut retenir qu'environ 200 demi-bouteilles et 42 bouteilles furent mises en vente.....et affirmer que de pouvoir goûter à ce divin breuvage tient du miracle.
LA DEGUSTATION

Couleur ambre très pur.
Arômes de thé noir de haute provenance, de coing confit, de massepain, de sucre candi... accompagnés d’une touche oyxdative non gênante.
Ces senteurs sont symptomatiques de récoltes de maturité extrême entraînant en partie la destruction des précurseurs des arômes de cépage.
Raison pour laquelle, les notes "pétrolées" du Riesling sont en retrait, trop en retrait: c’est en fait le seul grief que je ferai à ce vin.
La bouche est extraordinaire de concentration. Le sucre est si dense qu’il rend le vin épais, comme si on pouvait le mâcher.
L’acidité, hors norme, pourvoit à l’équilibre général de ce cru mythique.
Notes de café glacé, de thé oriental, de poire écrasée...
Finale fraîche avec une légère touche minérale.
L’ouverture renforce son équilibre et lui rend sa perfection.
Les senteurs "acidulées" et très fines du cépage ressortent enfin.
Une délicatesse extrême.
Le sucre ne se ressent plus comme tel.
La persistance est à coup sûr l’une des plus longues qu’il soit donné de connaître.
C’est certainement le côté le plus impressionnant de ce vin phénoménal.

 

 
***** RIESLING SCHARZHOFBERGER TBA 1976