250 ème anniversaire de la naissance de W.A. Mozart
Cette journée extraordinaire au Domaine de Châteauvieux fut organisée par Pierre Chevrier, collectionneur de grands vins anciens. Le thème de ces Dionysies fut l'élément musical. Thème choisi en l'honneur du 250 ème anniversaire de la naissance de Mozart. En prélude au repas-dégustation, Pierre Chevrier a réussi la gageure de faire jouer en première audition mondiale deux perles exhumées de la collection de manuscrits musicaux de Rosine et Renato Saggiori. Il s'agissait d'un "Adieu en valse" de Chopin et de trois "cadenze" de Mozart. Leonardo Garcia Alarcon oeuvra au piano. Le quatuor "Terpsychordes" joua plusieurs autres oeuvres, renforcé par l'hautboïste Maurice Bourgue et par le contrebassiste Andrea de Carlo.
LES VINS

MAGNUM CHAMPAGNE DOM PERIGNON 1952 (*)


Couleur jaune or dense superbe.

Au nez, on ressent un peu l'oxydation que l'on retrouve dans les Jerez Fino: il est bien marqué par son âge.

On retrouve aussi des notes de pain grillé, de noisette, d'amande et de noix.

La bulle est fine et légère.

Le vin est gras à l'attaque. Mais il semble que ce gras provient d'un "dosage" trop prononcé qui alourdit malheureusement la bouche.


La finale est vive mais marquée par une amertume sécharde et par des notes fumées.

L'ensemble est assez rustique et strict.

Je pense que l'oxydation a simplement décharné ce Dom Pérignon 1952, car d'autres bouteilles étaient vraiment excellentes.

   

TOKAY ASZU 5 BÜTTIG BERRY BROS & CIE 1915 (***)


Magnifique couleur ambrée.

Nez de caramel et de bois noble avec une touche orangée.

En bouche, superbe douceur fine de sucre candi mêlé à du thé noir.

Ce sucre se confond avec le gras qui enrobe le vin de l'attaque à la finale rehaussée par une acidité remarquable.

La persistance est moyenne: le vin est plus fin et équilibré que puissant.

Délicieux.

   
RÜDESHEIMER APOSTELWEIN 1727 (*****)


Couleur or ambré, comme du cognac.

Au nez: une dentelle raffinée avec une grande complexité.

Les arômes passent tour à tour par le café, l'orange, la glycine, la violette, le confit d'abricot et les épices fines.

Toutes ces odeurs qui se combinent et se succèdent sans cesse s'exhalent avec une délicatesse angélique sans manquer de densité.

On n'a pas d'indication concernant le ou les cépages de ce nectar, mais une touche aromatique assez minérale pourrait faire penser à du Muscat ou à du Riesling.

Le vin a une petite douceur agréable et une fraîcheur étonnante due à une acidité "acidulée" de bonbon anglais très élevée.

On ressent la touche boisée et la concentration d'alcool attribuables à la très très longue garde en tonneau selon la méthode "solera". Il ressemble même un peu à un Oloroso. Mais, étonnamment, l'oxydation est vraiment peu marquée.

La persistance est très longue.

Vin extrêmement captivant de par ses nombreuses qualités, ses arômes et goûts originaux, ainsi que de par la période qui l'a vu naître: Bach composait et Mozart n'était pas encore né.

Cet Apostelwein de 1727 a étonné tous les convives qui ne s'attendaient pas à boire un vin si vieux en aussi bonne forme. Les rares échos provenant de dégustateurs l'ayant déjà bu nous laissaient présager un vin fantôme à respecter surtout pour son grand âge. Ce ne fut de loin pas le cas. Nous sommes tombés sur une grande bouteille: quelle joie!

Quelques aspects de ce vin me sont encore inconnus:
- le ou les cépages
- la date de la mise en bouteilles
- A-t-on procédé à des mises en bouteilles échelonnées?
- Y a-t-il d'autres millésimes d'Apostelwein?
   
CHÂTEAU HAUT-BRION 1949 (****)


Superbe couleur rouge dense, très peu tuilé.

Nez élégant et ample, avec un fruit bien développé.

Touche de bois de cèdre qui donne une certaine noblesse.

Vin en plénitude à l'heure actuelle: un vrai plaisir.

Son fruit est vraiment charnu et tendre.

Note vanillée du plus bel effet.

L'acidité est assez faible.

Vin bien structuré.

Très distingué pour un 1949.
   
CHÂTEAU HAUT-BRION 1947 (*****)


Couleur rouge très foncé et dense.

Nez "éclatant" de fruits issus d'une récolte surmûrie et concentrée.

On y retrouve des baies noires et rouges confites avec un aspect de marc juste pressé.

Touche de nougat.

La race du terroir et l'exubérance de millésime ressortent.

Le vin est corsé et fort avec un gras et une petite douceur qui suffisent juste à amadouer des tannins encore fermes et l'acidité volatile.

Vin de forte personnalité, presque baroque, avec une constitution suffisante pour durer encore longtemps.

A carafer impérativement avant de servir.
   
CHÂTEAU HAUT-BRION 1953 (*****)


Couleur rouge sombre, un peu tuilé.

Nez d'une amplitude extraordinaire avec beaucoup de complexité.

Fruits mûrs et concentrés, nougat, chocolat au lait, bois noble...

Le vin est épais tant la chair du fruit est riche et dense.

Le gras est un velours sensuel qui perdure très longtemps dans le palais.

Les nombreuses composantes se fondent les unes aux autres dans une totale harmonie avec beaucoup de densité.

Un magnum parfait pour un millésime exceptionnel chez Haut-Brion.
   
CHÂTEAU MARGAUX 1877 (*)


Couleur rouge foncé assez bruni.

Belles espérances olfactives au départ.
On y trouve des fruits rouges et des notes tertiaires d'humus et de champignons.

Bien vite, sa fragilité le rend assez neutre et peu dense.

Le vin est agréable mais il est court.

L'ouverture confirme les craintes sur sa tenue et il se décharne rapidement.

On en attendait plus.
 
MUSIGNY J. SICART& CIE 1911 (***)


Couleur rouge assez clair.

Nez très typé de Pinot Noir de récolte bien mûre.

Le fruit est ample et pur, avec beaucoup d'élégance et de vie.

On perçoit sans conteste une base exceptionnelle.

A l'attaque, le vin est remarquablement rond et charmeur.

L'évolution révèle une certaine richesse alcoolique.

La finale, sur les fruits rouges, est marquée par une acidité élevée et par des tannins un peu rudes.

C'est un vin remarquable dans son ensemble, mais il est bien marqué par son époque.
   
CHÂTEAU YQUEM 1847 (*****)


Couleur ambrée, un peu rougeâtre, magnifique.

Nez extrêmement complexe, fin et dense.

Toutes sortes d'arômes s'échappent avec bonheur du verre: caramel, iode, gelée de coing, cire de parquet, minéral de certains cépages aromatiques, épices orientales...

La bouche est très concentrée.

Douceur fort agréable à l'attaque avec une chair très dense.

L'alcool ressort à l'évolution et la finale est plus sèche que prévue.

L'ensemble s'impose longtemps en bouche par sa force et sa concentration.

1847, millésime mythique qui ne faillit pas à sa réputation.
   
VIN D'ALICANTE circa 1825 (*****)


Couleur or ambré tirant sur le rouge.

Nez marqué de vieux Madeira avec beaucoup d'amplitude.

Notes de caramel et d'orange flambée.

L'acidité volatile très positive renforce les arômes de manière monumentale.

Le dégagement olfactif, assez impétueux au départ, devient plus complexe et plus "civilisé" après un bon moment d'ouverture.

En bouche, on retrouve le gras et la douceur d'un vieux Bual, ainsi que l'alcool élevé qui devient pratiquement violent en finale.

Etonnamment, l'équilibre des composantes est remarquable.

On dirait que la puissance de l'alcool contribue plutôt à renforcer les goûts.

La subtile douceur amadoue le caractère fort de ce grand vin.

A l'instar de l'Apostelwein 1727, on découvre dans ce vin ancien des aspects assez peu connus et difficilement comparables aux vins que l'on déguste habituellement.

On ne connaît pas le ou les cépages de ce vin, ni la méthode de vinification.

Ce sont principalement les recherches sur le flacon d'origine qui ont permis de déterminer au plus près le millésime 1825.
   
CHÂTEAU YQUEM 1900 (*) (mise De Luze)


Couleur vieil or.

Nez de champignons et de cire de parquet.

Les arômes sont vieillissants.

Le vin manque de chair et de fruit.

Il est riche en alcool, trop riche même.

La finale un peu brûlante le prouve.

On décèle une base très forte, mais on devine aussi que cette bouteille n'est pas la meilleure que l'on puisse goûter de ce millésime grandiose.

Quand la bouteille est parfaite, 1900 appartient aux grands millésimes d'Yquem. Il est riche, puissant et équilibré. Sa tenue dans le temps est vraiment remarquable.
 
 
***** Haut-Brion 1953, Yquem 1847, Rüdesheimer Apostelwein 1727, Vin d'Alicante circa 1825, Haut-Brion 1947
**** Haut-Brion 1949
*** Tokay 5 Büttig 1915, Musigny J. Sicart 1911,
* Yquem 1900, Margaux 1877, Dom Pérignon 1952
 
Le repas proposé par Philippe Chevrier est présenté
sous la rubrique "Grands repas-dégustations"