Mise à jour: 21 juillet 2011

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COUP DE GUEULE! 11.06.11

J'ai dégusté hier, 10 juin 2011, ma 22ème bouteille d'Yquem 1983.
Je l'ai souvent trouvé fantastique et ma curiosité m'a poussé à consulter les écrits des "grands dégustateurs internationaux". J'ose me permettre de penser que sa cotation démontre bien la limite de ceux-ci. Pour en finir, on se demande s'il n'y a que les "grosses pièces" qui puissent atteindre les notes les plus élevées!
De voir qu'un Yquem 2009, tout juste accouché, reçoit des notes plus élevées que ce 1983 m'offusque. Celui-ci possède un avantage de développement aromatique et gustatif de 26 années par rapport au 2009. Qui se veut connaisseur devrait pourtant savoir qu'Yquem a besoin de beaucoup plus d'une décennie pour atteindre le début de la maturité qui en fait sa grandeur. Comment peut-on avoir plus de plaisir avec un 2009 encore "informe" qu'avec un 1983?
Si les notes ne sont pas le reflet du plaisir qu'un vin peut ou doit procurer, alors sur quelles bases travaille-t-on pour coter celui-ci? Peut-être sur la perfection technologique de la vinification, de l'élevage et du matériel de cave, ou alors sur l'extraction la plus "pesante"? Si c'est le cas, je conseille à tout vrai amateur de vin d'abandonner la lecture de ces savants dégustateurs. En prenant le chemin inverse, il faudrait peut-être se demander si l'acheteur désire dépenser de l'argent pour un vin "créé par la technologie" ou pour un vin qui procure du plaisir à son palais.
Quoi qu'il en soit, je crois que problème il y a en ce qui concerne la cotation des vins sur 100 points, soit du côté des "gourous", soit du côté des "moutons suiveurs".

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VOS REPONSES
 
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Le 19 juillet 2011

Cher Dominique,

Les notations, qu'on les apprécie ou pas, font parler! Elles engendrent réactions, contestations, approbations ou détachements! D'ailleurs, ton coup de gueule fait bien référence à des notations :-) René Gabriel est très élogieux envers le 1983... avec 20/20! J'ai pu déguster les 2009 et 2010 et il est certain que le premier cité a un extraordinaire potentiel. Cette notion de potentiel est certainement basée sur des dégustations régulières et des suivis de vins tels que, justement, 1983 ou alors 1967 (qui arrive à maturité) 1976 (qui talonne le 1967 mais qui reste dans son ombre, car encore (peut-être?) trop jeune!) Comme c'est d'ailleurs justement dit, un grand vin est grand dès le départ, mais il n'est non plus pas tenu de nous dévoiler d'entrée tous ses secrets! Concernant Robert Parker, je dois humblement "avouer" que j'en suis un inconditionnel admirateur. Je suis époustouflé par cette vague de "cracheur de venin" qui perdent le contrôle de leurs émotions à la simple citation de l'intéressé. C'est pour moi une réponse ou du moins un comportement qui tend à démontrer qu'on est fortement irrité et dérangé par une personne dont on ne partage pas l'approche, mais que à défaut de pouvoir simplement et respectueusement signaler son désaccord, on fait de la polémique, on tend à démontrer combien il a tort, combien il a tout faux et combien il est mauvais... alors qu'il suffirait, tout simplement, de faire mieux...!!! Apparemment, donc, Parker n'a plus que des ennemis. Certains dégustateurs professionnels, que je connais fort bien, se font d'ailleurs un plaisir de le ridiculiser et de démonter ses notes (ce qui d'emblée me mène à la conclusion que c'est tout, sauf professionnel). Personnellement il ne me viendrait jamais à l’esprit de démonter ou ridiculiser quelqu'un qui ne partage pas mon avis ou mon approche. Je préfère d'abord commencer par vérifier si je ne fais pas fausse route moi-même... ou alors je tente de comprendre l'approche différente de la mienne et, finalement, si je ne partage pas cet avis, je garde le mien, en évitant d'entrer dans d'interminables débats! Combien de fois m'est-il arrivé de participer à des dégustations en groupe avec un critique (une magnifique verticale de Léoville Barton) où tous les vins qui présentaient des notes d'évolutions (certains des vins avaient une trentaine d'années) étaient systématiquement cités comme étant "niqués" par le critique? Tellement souvent... et moi je pondais des textes élogieux, tant j'étais fasciné par la grandeur et la complexité des breuvages présentés. Dans ce cas de figure, j'adore le profil bas: je me tais... Pour revenir à Robert Parker, je rappelle quand même que personne n'est obligé de lire ses livres ou ses commentaires. Evidemment je comprends bien l'irritation qui peut découler du fait que ses notes apparaissent "dans tous les coins de rue" et je rajouterai que si tel est le cas, c'est que tout simplement les gens se fient à une référence, qui fait ses preuves depuis plus de 20 ans... il ne doit donc pas être aussi nul que certains se plaisent à affirmer. Quant à l'histoire des prix, on rappellera quand même que même si Parker note bien un Cantemerle ou un Cambon la Pelouse, leur prix ne dépasse pas les Sfr. 25.00. Cessons de nous emporter sur les prix astronomiques des premiers grands crus classés, et buvons joyeusement ceux qui nous plaisent et nous ruinent pas! Pour revenir et, surtout, pour conclure par rapport au 1983: il est déjà très grand, parmi les plus grands d'Yquem, il est juste encore un peu jeune :-). Bien cordialement.

Yves Beck, auteur (Les meilleurs vins du Pays des Trois-Lacs)

Réponse de Dominique Fornage le 21 juillet 2011

Cher Yves,

Je te remercie pour ton courrier. Il donne un point de vue fort intéressant et répond assez justement sur le fait qu'il ne faut pas "cracher son venin" inutilement.
Je fais remarquer que je n'ai cité aucun grand dégustateur international, donc ni René Gabriel, ni Robert Parker dans mon "coup de gueule". Tous ces grands dégustateurs, Yves Beck y compris, ne doivent pas devenir des "gourous", mais mettre leur expérience au service des amateurs moins habitués en leur faisant part de leurs expériences. Une note sur 100 exprime mal et maladroitement une expérience.
Je pense qu'il faut voir ce "coup de gueule" plutôt selon les quatre points suivants:
1) Je suis très gêné par la précision des notes sur 100 qui ne peuvent justement pas être considérées comme précises, car pour moi, le vin fait partie du domaine de l'art. Que penserait le public de mettre des notes sur 100 à des oeuvres de Salvador Dali? Que dirait-on d'un catalogue du Musée du Louvre où l'on mettrait une note sur 100 à chacune des oeuvres présentées? La note d'un critique n'est pas la même que celle de son collègue. Je crois sincèrement que l'humain ne peut prétendre donner des résultats scientifiquement exacts dans la dégustation des vins, comme dans l'appréciation d'autres domaines artistiques. Je m'en rends bien compte lorsque je déguste dans des jurys de concours.
2) Si on donne 100/100 à un Yquem 2009 en 2010 et que l'on sait qu'il va s'améliorer avec le temps, combien devra-t-on lui donner dans 30 ans ?
3) Le résultat de ces cotations précises engendre une uniformisation des goûts, même chez l'amateur qui finit par croire que pour "être juste", il faut avoir la même opinion que le grand dégustateur. La science a prouvé que les humains ne peuvent pas tous ressentir les mêmes goûts et odeurs.
4) Mon but utopique serait que mon "coup de gueule" et que ta réponse parviennent à réveiller les amateurs pour qu'ils se sentent libres de juger selon leurs propres normes.

Encore merci et meilleures salutations.

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Le 1 juillet 2011

Salut mon cher,

je sais que tu aimes bien quand je ne suis pas d'accord avec toi... alors voici!

Yquem: j'ai dégusté le 1983 moins souvent que toi mais je partage ton avis sur l'excellence de ce vin. Cela dit, j'ai aussi pu déguster le 2001 dans sa tendre jeunesse et c'était la perfection faite vin! Un tout grand vin n'a pas besoin d'attrendre 26 ans pour être parfait, il est grand dès le début. Et par définition, une note de dégustation est une photographie à un instant donné, tu le sais bien, et rien n'empêche de revoir le 2009 à la baisse d'ici quelques années. Malheureusement je n'ai pas eu la chance de déguster le 2009.

Grand vin: je pense qu'il y a des critères objectifs du grand vin, et ces critères ne sont pas au niveau de l'extraction, de la vinification, de l'élevage, etc. (ce serait trop facile) mais plus simplement au niveau de la complexité aromatique, de la structure qui doit se distinguer en multi-couches au palais, de la persistance et globalement de l'émotion qu'il procure. C'est pourqoi un vin peut être déjà grand dans sa jeunesse.

Notation sur 100: il faut arrêter de croire qu'on peut se passer de notation, tout est sujet à notation, de la cuisine au cinéma en passant par les brosses-à-dents et les jeux vidéos... Et ça m'énerve quand par exemple la Revue des Vins de France fustige la notation sur 100 "à l'américaine", voici pourquoi: Parker, Wine Spectator et autres ne jugent pas vraiment sur 100, car la notation part théoriquement à 50, et en pratique un vin proche de l'imbuvable obtiendrait quand même 60, simplement du fait qu'il existe, un peu comme notre 1 de présence aux examens; quand à la RVF, elle note sur 20, mais s'autorise les demi-points, ce qui fait une notation sur 40, tout comme les américains. Et les plus idéalistes qui donnent des étoiles, dont tu fais partie Dominique, se permettent aussi des demi-étoiles ou des "+", ce qui ne change pas fondamentalement le principe.

Gourous: aucun d'entre eux ne s'est jamais auto-proclamé gourou, ce sont les "moutons suiveurs" qui les considèrent ainsi. Quand je lis que Parker fait la loi des prix à Bordeaux ça m'exaspère, jusqu'à nouvel avis ce sont les châteaux qui déterminent les prix, et bien sûr qu'ils attendent les commentaires de Parker pour les déterminer. Et quand ce dernier les rachète sur le marché une fois en bouteille pour donner ses notes et commentaires définitifs, il les achète au prix astronomique auquel les Bordelais ont pu le vendre, presque uniquement grâce à lui! Le facteur de multiplication des prix des premiers crus (et assimilés) me paraît être un sujet qui mériterait aussi un coup de gueule!

"Abandonner la lecture de ces savants dégustateurs": j'ai confiance en mon palais et je pourrai le faire dès que j'aurais l'occasion de déguster autant de vins que Parker, Bettane, Robinson et autres, mais pour l'instant je n'ai pas le choix.

Cordialement

José Vouillamoz
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Le 1 juillet 2001

Le plaisir est une expérience
passagère accompagnant un acte extérieur, procurant une sensation agréable et généralement recherchée. Le problème, c’est que chacun a sa propre échelle du plaisir, et il est rare de rencontrer l’unanimité à ce sujet.

Tout le monde ne peut pas classer les plaisirs. Les plaisirs des uns ne sont pas forcément ceux des autres. Les poètes et les musiciens ne sont pas avares de refrains pour nous rappeler la multitude des plaisirs « simples » de la vie.

Alors, dans une vie sans saveur qui a perdu tout sens, on se satisfait de quelques plaisirs immédiats de riche repu, de plus en plus médiocres, mais à portée de main.

Pour ceux qui n’ont pas cette notion instinctive de plaisir, d’autres les comblent avec des échelles de notations qui influencent directement leurs perceptions sensorielles, afin de les cloisonner dans un « moutonnisme » qui les amènent à une prise de position sans objectivité aucune.

Jean-Daniel Varone, auteur « les sens du vin »
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Le 1 juillet 2011

Que plaisir de vous lire et donc de découvrir que votre convalescence progresse à grands pas.

Pour ce qui est des Yquem, je partage votre analyse, mais j'irais encore plus loin: seuls ceux d'avant guerre sont buvables; le Ciel peut attendre ...

Cela dit, les progrès de la vinification (est-ce un bien ou un mal, je pense plutôt à un bien) peuvent avoir des résultats surprenants. Invité à une verticale des vendanges tardives au Domaine du Mont d'Or, j'ai découvert avec stupéfaction que les plus anciens millésimes (années 60) étaient nettement moins "plaisants" (je n'ose dire "bons") que les tout récents. C'est dû semble-t-il au fait qu'à l'époque c'était les premières tentatives de vins liquoreux et que les sucres résiduels étaient moins élevés. Depuis lors on a pris goût à des vins beaucoup plus "puissants".

Les goûts changent sans cesse ... Vermeer et Rembrandt ont été complètement oubliés, ce qui est le cas aujourd'hui des peintres dits "pompiers" qu'on encensait avant les Impressionnistes.

Seul le Château de Villa reste inébranlable dans sa perfection ! Vivement le plaisir d'y retourner.

Avec mes vœux et mes salutations.

Nicolas Schmitt
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Le 20 juin 2011

Salut Dominique,

Je voulais juste te dire que je trouve ton petit coup de gueule sur le site très intéressant et que je rejoins bien évidemment ton avis à ce sujet! Il faudrait arrêter de laisser ce genre d'individus dicter leur loi unique sur ce fabuleux nectar qu'est le vin. Tout ceci n'est qu'une question d'argent et non de plaisir.
Enfin il nous reste encore tous ces beaux moments que l'on partage avec des gens sympathiques!

Jérémy
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Le 15 juin 2011

Alors  voici le mien:

La notation d'un produit, comme l'évaluation de tout ce qui peut être mesuré, quantifié , pesé ou jugé, relève d'un réflexe de réassurance pour tout individu. Nous avons tous besoin de savoir ce qui est  bien , de savoir ce qui est bon . L'apprendre par nous même est optionnel . Nous ne sommes plus des enfants qui découvrent tout par eux-mêmes , que diable! Aussi allons-nous très largement, en consommateurs avisés, nous entourer des produits les mieux notés. Le vin participe de ce raisonnement. Et  c'est, dans une large mesure, juste et surtout, confortable. Ce n'est certes pas Maître Fornage,  fondateur du label Nobilis, qui a par ailleurs largement contribué à l'amélioration des crus valaisans jusqu'à l'excellence, qui me contredira? 

Toutefois, je préciserais ceci:
Tout d'abord, au travers d'un article hautement intéressant lu dans la dernière parution de Vinum  relatif au nez absolu et qui nous apprend ,  ça casse le mythe , que le nez absolu n'existe pas,  j'ose la question : c'est quoi " un grand dégustateur" ?
Je me risquerai, à l'instar de  Coluche persiflant sur l'intelligence, et  qui  considérait que chacun s'en estimait bien doté  puisque c'est à l'aune de sa propre intelligence que l'on juge, que chacun se proclamera comme un "grand dégustateur".
Mais ce judicieux coup de gueule de Dominique nous parle d'autre chose. Le vin peut quitter le domaine du quantifiable et entrer dans celui, autement plus émotionnel, des racines, du grand, du beau, du patrimoine culturel . Et ça ne se juge pas! Un Yquem 1983, comme un 67, c'est un temple! 
Je m'autoproclame volontiers, et sans prétention, comme un dégustateur amateur " éclairé". Rendant à César ce qui appartient à César, je dirai que quasi tout ce que j'ai appris sur et autour du vin en plus de 20 ans, je le dois au Club puis à l'Ecole Nobilis. Jamais je n'ai alors entendu parlé  de notation. En revanche, toutes les nombreuses dégustations qui au fil du temps ont  forgé mon palais autant que mes préférences, ont été accompagnées de notions tels que équilibre, harmonie et surtout, plaisir.
Je ne voudrais pas conlcure ce mot sans relater une expérience qui illustre bien mon propos:  très récemment j'ai été invité par mon ami Benoît Dorsaz de Fully à participer à une dégustation de ses fameuses arvines flétries, Grains de folie, malvoisie et autre Métissage. Grand seigneur, ce ne sont pas moins de 10 millésimes de 1990 à 2000 que Monsieur Benoît Dorsaz nous a offert à déguster. A la faveur de ce voyage dans le temps, nous avons découvert des vins d'une extrême complexité, tous magnifiés par une évolution tertiaire grandiose. Même artiste à la baguette et pourtant des vins tous différents. Et à aucun moment, Benoît n'a mis en compétition l'un des ses vins contre l'autre. Ils avaient tous leurs caractéristiques propres, ce qui les rendaient chacun unique. Et tous réussis. Quelle note?
 
Pascal Bouduban
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Le 14 juin 2011

Hello Dominique

Superbe ton coup de gueule, je trouve que tu as entièrement raison! et je déteste regarder ce genre de notation parce que effectivement on a souvent l'impression que "uniquement le nom compte".

A tout bientôt. Caroline
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Le 13 juin 2011

Entièrement d’accord mon ami, les cotations  pour le vin, pour les hotels et restaurants, pour les actions en bourse, les obligations etc… sont un immense business et une énorme hypocrisie. Mieux vaut se fier à son propre goût et à son intuition ; où à ceux des gens intègres et passionnés, non par les feux de la rampe mais par la finesse et l’érotisme d’un bonne lampée…

Abraço Antoine
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Le 13 juin 2011

Bonjour Dominique,
Vaste débat que celui des notes et autres jugements définitifs sur les vins !

Il m’est déjà arrivé de m’enthousiasmer pour un nectar absolument fabuleux un jour, où je ne trouvais pas les mots pour dire combien ce produit me plaisait, et le mois suivant, sans le savoir, je taillais un costard au même vin, coupable de rassembler dans le même verre une multitude de défauts certes bénins, mais qui le rendait finalement banal !

Je crois que les gourous, malgré leur incommensurable expérience, peuvent eux-aussi être sujets à de tels égarements. Ils devraient par contre avoir la modestie de reconnaître qu’ils peuvent être faillibles et garder une certaine retenue au lieu d’asséner des jugements péremptoires, qui peuvent certes rassurer les moutons consommateurs, mais aussi les égarer lorsqu’humblement ils ne partagent pas les points de vue du maître.
Vanité, tout n’est que vanité !

Amicalement Frédéric