LE MILLESIME 1990 A BORDEAUX |
1990 fait partie des grands millésimes abondants en récolte, tout comme le mythique 1982. A l'opposé, 1945 ou 1961 avaient obtenu des récoltes de beaucoup inférieures. |
La moyenne de rendement reste cependant dans les normes suffisantes pour obtenir un grand vin. Et l'on sait que les meilleurs ont fourni des efforts remarquables à la vigne. L'exemple le plus frappant étant le Latour, qui a voulu retourner la situation du 1989, millésime où Haut-Brion a signé une légende. Chez Latour donc, on avait d'emblée décidé de "produire moins", on a fait le nécessaire, et l'on a obtenu un des plus grands vins du Bordelais. Le rendement est tout de même demeuré très nettement au-dessus de celui des millésimes de faible production. |
Ces constatations, dégustations à l'appui, montrent que les millésimes abondants peuvent aussi s'avérer exceptionnels. Elles prouvent aussi que d'autres critères entrent dans les composantes d'un grand vin, dont: le moment de la récolte, la qualité sanitaire du raisin, et les conditions climatiques. A ce sujet, quelques données sont intéressantes en ce qui concerne l'année 1990: ce fut la plus chaude depuis 1947, et la plus ensoleillée depuis 1949. Le climat fut très favorable, sauf en septembre où il y eut des pluies. Pour certains, elles furent bienvenues, puisque cela permettait aux raisins de terminer leur maturité, mais cela a aussi fait augmenter la récolte. |
Principalement à cause des chaleurs extrêmes de l'été, les vins ont une acidité très basse, avec des tanins présents, mais assez mûrs. La tendresse du fruit donne donc des vins agréables à boire dès le début. C'était le cas des 1982, toujours grandioses. |
Certains puristes affirment que les millésimes abondants peuvent être excellents, mais qu'ils n'auront jamais la longévité des 1945, 1959 ou 1961, de rendements faibles. Je suis très enclin à les rejoindre, mais la longévité d'un vin est difficile à déterminer. La réponse sûre sera donnée lorsque les 1982 ou 1990 auront 40 ou 50 ans de bouteille. |
Autre élément intéressant à soulever: 1990 a bénéficié de moyens technologiques, au niveau de la vinification, permettant d'obtenir des extractions impossibles à atteindre à l'époque, sinon par un rendement très faible. Ces techniques sont largement utilisées à Bordeaux, comme partout dans le monde. Elles permettent effectivement d'améliorer une base que l'on aurait voulue "meilleure". Cependant, on n'a pas un recul suffisant pour en conclure à une plus ou moins grande aptitude à la longévité. |
Quoi qu'il en soit, 1990 est à considérer comme un excellent millésime, apte à nous procurer beaucoup de plaisir. Les vins ont un fruit très développé et leur "rondeur" les rend agréables. Ils ont souvent une étonnante richesse, procurant un volume de bouche impressionnant. |
Septembre 2001 |